1. Savoir sur quelle base vous traitez
Chaque traitement doit reposer sur une base légale. Pour un restaurant, trois suffisent presque toujours, et les confondre est l’erreur la plus fréquente.
| Traitement | Base légale | Consentement requis ? |
|---|---|---|
| Prendre et gérer une réservation | Exécution du contrat | Non |
| Conserver les préférences d’un habitué | Intérêt légitime | Non, mais opposition possible |
| Envoyer une newsletter ou une offre | Consentement | Oui, explicite et traçable |
| Conserver une allergie déclarée | Consentement explicite | Oui — donnée de santé |
La ligne qui surprend est la dernière. Une allergie est une donnée de santé, catégorie particulière au sens de l’article 9 du RGPD : sa conservation dans une fiche demande un consentement explicite, distinct de celui de la réservation. En pratique, cela se règle par une mention claire au moment où le convive la déclare — pas par une case pré-cochée.
La ligne qui rassure est la première. Vous n’avez pas besoin du consentement d’un client pour enregistrer sa réservation, son nom et son téléphone : c’est l’exécution du service qu’il vous a demandé.
2. Tenir un registre des traitements
C’est l’obligation la plus oubliée et la plus simple à satisfaire. Le registre est un document interne — un tableur suffit — qui liste, pour chaque traitement : sa finalité, les catégories de données, les personnes concernées, les destinataires, la durée de conservation et les mesures de sécurité.
L’allègement prévu pour les organismes de moins de 250 salariés ne dispense pas de registre dès lors que le traitement n’est pas occasionnel — ce qui est le cas d’un fichier client — ou qu’il porte sur des données sensibles, ce qui est le cas des allergies. Pour un restaurant, il faut donc un registre. Trois à cinq lignes le remplissent.
3. Fixer et respecter des durées de conservation
« Aussi longtemps que nécessaire » n’est pas une durée. Il faut un chiffre, écrit, et un mécanisme qui l’applique — la purge automatique vaut mieux que la bonne volonté.
- Données de réservation : conservées le temps de la relation, avec une durée d’inactivité au-delà de laquelle la fiche est supprimée ou anonymisée. Trois ans après le dernier contact est un repère largement retenu en prospection commerciale.
- Données comptables : les factures relèvent d’obligations légales propres, plus longues, et se conservent séparément du fichier client.
- Données de paiement : le numéro de carte ne se conserve pas. Un jeton fourni par le prestataire de paiement remplace la donnée elle-même.
- Allergies et données de santé : à réexaminer plus strictement encore, puisqu’elles ne servent qu’au temps de la relation.
4. Pouvoir répondre aux droits des clients
Un convive peut demander l’accès à ses données, leur rectification, leur effacement, la limitation de leur traitement, leur portabilité, ou s’opposer à certains usages. Vous avez un mois pour répondre.
La difficulté n’est jamais juridique, elle est opérationnelle : retrouver tout ce que vous détenez sur une personne, dans un logiciel de caisse, un carnet, une boîte mail et un tableur, en moins d’un mois. C’est pourquoi la question à poser à un éditeur n’est pas « êtes-vous conforme au RGPD ? » — tout le monde répond oui — mais « comment j’exporte et j’efface tout ce qui concerne une personne, et en combien de clics ? ».
5. Informer, au bon moment
L’information doit être donnée au moment de la collecte, pas enfouie dans une page de mentions. Concrètement : une phrase claire sous le formulaire de réservation, indiquant qui collecte, pourquoi, pour combien de temps, et comment exercer ses droits — avec un lien vers la politique complète.
Si vous partagez des données avec un tiers, cela doit y figurer. C’est le point d’attention majeur des réseaux de fiches clients partagées : le partage entre établissements n’est pas couvert par l’exécution du contrat de réservation. Il suppose une base propre, un consentement explicite du convive, et la possibilité de le retirer à tout moment.
Votre logiciel est un sous-traitant
Quand vous saisissez des fiches clients dans un outil, vous restez responsable de traitement et l’éditeur devient sous-traitant au sens de l’article 28. Cela impose un contrat écrit encadrant ses obligations, et vous donne des droits : savoir où les données sont hébergées, ce qui se passe si vous partez, et sous quel cadre elles transitent hors de l’Union européenne le cas échéant.
Trois questions à poser avant de signer : puis-je exporter l’intégralité de mes données à tout moment et dans un format standard ? Que devient le fichier si je résilie ? Mes données servent-elles à autre chose qu’à me rendre le service — et notamment sont-elles revendues ou agrégées à des fins publicitaires ?
La liste à cocher
- 01Écrire le registre des traitements. Un tableur, cinq lignes, une heure.
- 02Fixer une durée de conservation par catégorie et la faire appliquer automatiquement.
- 03Ajouter une mention d’information sous chaque formulaire de collecte.
- 04Recueillir un consentement distinct et traçable pour les allergies et pour toute prospection.
- 05Vérifier que vous savez exporter et effacer toutes les données d’une personne en moins d’un mois.
- 06Obtenir de chaque éditeur son contrat de sous-traitance et la localisation de l’hébergement.
La Vie de Château outille les droits RGPD comme des fonctions du produit — export, effacement, registre, consentement réseau révocable — plutôt que comme une procédure par courriel. Les règles décrites ci-dessus s’appliquent néanmoins quel que soit votre outil, y compris un cahier.
